Les villes américaines / La ségrégation raciale des villes américaines diminue-t-elle toujours ?

Sylvestre Duroudier

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L’article de S. Duroudier au format PDF


Trop souvent, à l’occasion d’un fait divers, la question raciale ressurgit dans les médias à propos des villes américaines : Ferguson en 2014, Charleston en 2015… Ces évènements contribuent à replacer les ghettos et les formes les plus exacerbées de la ségrégation raciale au cœur des débats. Et la question est d’autant plus vive dans un contexte urbain en pleine mutation : réorientation libérale des politiques urbaines (Wilson, 2007), métropolisation, renouveau des centres, des processus qui participeraient à une polarisation raciale accrue dans les villes des États-Unis. Pourtant, face à ce tableau, les recherches menées par la sociologie et la géographie urbaines depuis le recensement de 2000 sont unanimes : dans l’Amérique d’Obama, les niveaux mesurés de la ségrégation raciale diminuent, passant suivant les groupes ethniques de valeurs comprises entre 0.36 et 0.52 en 1990 à des niveaux entre 0.17 à 0.39 en 2010. La « déségrégation » des Afro-Américains amorcée en 1970 est particulièrement documentée et manifeste après 1990 (Glaeser et Vigdor, 2001 ; 2012). Ainsi, les quartiers des villes américaines deviendraient multi-ethniques dans une société de plus en plus tolérante, amenant de plus en plus de travaux à réinterroger la ségrégation raciale par le prisme de la diversité des quartiers. Entre ces deux tendances, peut-on toujours parler en 2016 d’une diminution de la ségrégation raciale dans les villes des États-Unis, ou les évolutions récentes révèlent-elles d’autres logiques spatiales ?

Cet article comporte deux objectifs qui visent à éclairer cette question. D’une part, il s’agit de dresser un panorama de l’état et des dynamiques de la ségrégation raciale dans l’ensemble des villes américaines entre 1980 et 2010 à partir d’analyses statistiques personnelles. D’autre part, l’article réalise un état de la littérature anglophone récente sur les tendances de la ségrégation dans les villes américaines, où l’entrée ethnique est toujours dominante mais dont les avancées scientifiques ouvrent de nouveaux champs.

Dans cette perspective, l’article assume une posture qui part des approches mises en œuvre par les recherches américaines – la focalisation sur la dimension raciale de la ségrégation et le calcul d’indices de ségrégation agrégés au niveau métropolitain – dans le but d’en présenter les contours théoriques tout en mettant en exergue les apports et les limites scientifiques. D’abord, cette approche permet de présenter la tendance générale à la baisse de la ségrégation en dépit de contrastes régionaux persistants. Ce constat est interprété comme une assimilation des minorités raciales et se traduit par une inflexion scientifique vers le concept de diversité. Ensuite, l’article examine plus en détails la diversité des trajectoires des villes durant trois décennies, ce qui permet de discuter les facteurs avancés par la littérature américaine pour expliquer ces contextes urbains, en particulier les effets régionaux, hiérarchiques et migratoires. Enfin, la multiplicité des trajectoires des villes interroge l’approche même par les indices de ségrégation. Les limites de ceux-ci ouvrent de nouvelles pistes pour approcher les dynamiques et les mécanismes de la ségrégation dans les villes américaines.

Comment mesurer les évolutions de la ségrégation dans les villes américaines ?

De la baisse de la ségrégation au « global neighborhood »

Les recherches menées sur la ségrégation raciale dans les villes des États-Unis partagent toutes le même constat : depuis au moins 1990 s’est amorcé un processus de diminution de la ségrégation. Si des différences persistent entre les groupes ethniques, cette dynamique semble toucher l’ensemble des villes et amène les géographes et les sociologues urbains américains à opérer un tournant dans leur approche, en mettant de plus en plus la diversité au cœur de leur questionnement.

Une baisse de la ségrégation dans les villes des États-Unis depuis 1990

La diminution de la ségrégation raciale dans les villes américaines est claire (Fig. 1), quelle que soit l’approche ou la mesure. Les baisses les plus fortes concernent les Asiatiques et les autres appartenances ethniques, dont les valeurs chutent respectivement de -0.16 et -0.25 points entre 1990 et 2010, alors que les valeurs initiales plus faibles des Blancs et des Hispaniques ont peu diminué. Quant aux Noirs, malgré une baisse significative de 0.13 points depuis 1990, leur indice de ségrégation persiste à être le plus important avec 0.39 en 2010. Ainsi, après avoir eu un maximum de ségrégation en 1990, les villes états-uniennes sont revenues aux niveaux de 1980.

1. Les évolutions de l’indice de ségrégation moyen entre 1980 et 2010 (Duroudier, 2016).

1. Les évolutions de l’indice de ségrégation moyen entre 1980 et 2010 (Duroudier, 2016).

Ces tendances moyennes masquent des disparités géographiques bien connues dans les niveaux de ségrégation atteints par les villes (Fig. 2 et 3). Pour tous les groupes raciaux et à toutes les dates, les villes anciennement industrielles et d’immigration de la mégalopole et des Grands Lacs dépassent souvent les 0.6 points de ségrégation, voire 0.8 pour les Afro-Américains. Dans le reste du pays, les plus hauts niveaux de ségrégation sont surtout atteints par les métropoles (à l’instar de Los Angeles, Atlanta ou Miami) ainsi que les villes petites et moyennes de l’arc Sud-Est du pays entre le Texas et la Caroline du Nord, tandis que les villes de la façade Pacifique et des Rocheuses sont généralement moins ségrégées.

Dans l’ensemble, la majorité des villes connaissent une diminution de la ségrégation de tous les groupes ethniques, au point que l’inertie de la structure territoriale des États-Unis en est frappante : les villes les plus ségrégées en 1980 demeurent au-dessus des autres après plusieurs décennies. C’est particulièrement le cas des Noirs et des Blancs, les autres groupes amorçant des tendances différentes (Fig. 2 et 3). Par exemple, la ségrégation des Hispaniques est de moins en moins contrastée en 2010 entre les villes puisque la structure de 1980 où la ségrégation était forte dans les lieux d’immigration (métropoles et villes frontalières) se délite par la diffusion du groupe dans des villes plus secondaires. Enfin, des villes très ségrégées persistent pour les Asiatiques (au Texas) et les autres appartenances ethniques (en Arizona), et interrogent les mécanismes à l’origine de cette baisse globale et de ces exceptions plus locales.

2. La ségrégation des Blancs et des Africains-Américains dans les villes des États-Unis, 1980-2010 (Duroudier, 2016).

2. La ségrégation des Blancs et des Africains-Américains dans les villes des États-Unis, 1980-2010 (Duroudier, 2016).

 

3. La ségrégation des Asiatiques, des Hispaniques et des autres appartenances ethniques dans les villes des États-Unis, 1980-2010 (Duroudier, 2016).

3. La ségrégation des Asiatiques, des Hispaniques et des autres appartenances ethniques dans les villes des États-Unis, 1980-2010 (Duroudier, 2016).

Du point de vue théorique, ces évolutions sont interprétées à l’aune de deux modèles intra-urbains emboîtés, et développés dans le champ de la sociologie urbaine : la stratification territoriale et l’assimilation spatiale1. Le premier modèle tente d’expliquer la ségrégation par la stratification territoriale liée à la stratification sociale (Massey et Denton, 1993), où la ségrégation assure la distance sociale par des mouvements d’invasion-succession et des mécanismes de discrimination sur les marchés immobiliers (Alba et Logan, 1991 ; Zubrinski, 2003), notamment par la distinction centre/suburbs. Dans ce cadre théorique, le modèle d’assimilation spatiale tente d’expliquer la baisse de la ségrégation ethnique précisément par l’intégration des minorités dans les suburbs des villes, bien que cette suburbanisation concerne les groupes à différents degrés et demeure lié au statut économique (Alba et al., 1999 ; Wright et al., 2005). En plus de ces théories, et spécifiquement pour les Africains-Américains, la littérature insiste sur le rôle de l’abrogation des lois de discrimination raciale, le Fair Housing Act de 1968 et les politiques de déconcentration des ghettos menées depuis les années 1970 (Giband, 2015). Quant aux processus de gentrification et de revitalisation des centres, ils sont évoqués comme ayant un rôle sur la ségrégation mais qui ne parvient pas à être appréhendé à l’échelle agrégée des aires métropolitaines. Enfin, il semble que la crise des subprimes n’ait pas eu d’effet sur la baisse de cette ségrégation (Glaeser et Vigdor, 2012).

Le tournant de la diversité dans la recherche urbaine

Devant cette baisse globale, la recherche urbaine états-unienne semble opérer une inflexion théorique et méthodologique dans l’approche de la ségrégation raciale. En effet, alors qu’elle a été abordée dès les années 1980 (White, 1986 ; Massey et Denton, 1988), la question de la diversité est devenue centrale dans un grand nombre de travaux à partir des années 2000. L’indice d’entropie2 s’est diffusé comme la principale méthode de mesure du niveau de diversité interne aux mailles3, quand plus rarement des géographes explorent des méthodes de classification (Mikelbank, 2004 ; Reibel et Regelson, 2011). Cette inflexion s’accompagne de deux changements d’ordre théorique : d’une part la prise en compte de plus en plus fréquente de l’ensemble des groupes ethniques, et d’autre part le renouvellement de la théorie de la stratification territoriale et les mécanismes d’invasion et de succession (Logan et Zhang, 2010).

Ces travaux montrent ainsi une diversification ethnique des villes qui se manifeste par la diminution des mailles homogènes : par la baisse marquée du nombre de quartiers entièrement Blancs (Logan et Zhang, 2010) et par l’augmentation des quartiers qui comportent des habitants de tous les groupes. Logan et Zhang (2010) proposent de décrire ceux-ci par le concept de « global neighborhood ». Ils invoquent notamment la gentrification des enclaves raciales centrales des plus grandes villes pour expliquer l’essor de ces quartiers, mais sans argumenter le lien avec ce processus dont les effets sont mal mesurés et marginaux dans ce champ de recherche. Ensuite, paradoxalement, les grandes villes sont aussi celles où la ségrégation demeure la plus prononcée pour tous les groupes (Fig. 2 et 3).

Pour autant, les approches par la diversité s’inscrivent souvent dans la même démarche que celle privilégiant le recours aux indices de ségrégation. D’après White (1986), la mesure de la diversité n’est qu’une des manières d’approcher la ségrégation, et de facto un indice en remplace un autre. Il s’agit d’ailleurs dans bien des cas de classer les métropoles pour identifier les plus et les moins diversifiées. Quant à l’explication de ces situations, elle repose essentiellement sur la théorie de l’assimilation spatiale des minorités dans les suburbs. Cette théorie se renouvelle par la mesure des inégalités et des temporalités d’accès à ces espaces entre les groupes ethniques (Logan et Stults, 2011) : les Hispaniques et les Asiatiques jouent par exemple le rôle de « social buffer » entre un état d’homogénéité blanche et l’assimilation des Noirs (Farley et Frey, 1994 ; Alba et al., 1999).

Les dynamiques de la ségrégation dans les villes américaines

Le constat de la baisse de la ségrégation et de l’augmentation de la diversité ethnique ne doit pas masquer l’hétérogénéité des dynamiques : il existe aussi des villes où la ségrégation s’accroît. Pour expliquer cette diversité des contextes urbains, les travaux anglophones avancent des arguments ne relevant pas des logiques intra-urbaines mais plutôt des dynamiques régionales, au sein du système de villes, ou des effets de l’immigration hispanique et asiatique sur la ségrégation. Cette partie analyse les évolutions de la ségrégation selon ces arguments successifs, notamment à partir de la figure 5 qui montre les variations de l’indice de ségrégation dans les villes américaines entre 1990 et 20104.

4. Les évolutions de la ségrégation entre 1990 et 2010 (Duroudier, 2016).

4. Les évolutions de la ségrégation entre 1990 et 2010 (Duroudier, 2016).

Des dynamiques régionales moins contrastées ?

Au-delà de la description, la littérature anglophone intègre souvent une composante régionale dans l’analyse des dynamiques de la ségrégation, qui renvoie implicitement aux structures économiques et aux formes d’urbanisation (Alba et Logan, 1991) : « The Old South », « The Rustbelt », etc. Mais les résultats demeurent incertains : tandis que Cutler et al. (1999) voient uniquement une forte baisse de la ségrégation Blanc/Noir dans les villes du Sud et de l’Ouest du pays, Logan et al. (2004) relèvent une hausse assez nette du même indice dans le Nord, alors que Iceland et Weinberg (2002) notent une tendance à la baisse dans toutes les régions.

Après un maximum atteint en 1990, la tendance est effectivement à la baisse de l’indice de ségrégation moyen de tous les groupes dans les quatre régions (Fig. 6). Ces diminutions sont très prononcées pour les autres appartenances ethniques dont les valeurs ont dépassé 0.4 en 1990 et tombent à moins de 0.2 dans toutes les régions, bien que la carte (Fig. 5) montre des baisses plus modérées dans les villes occidentales. Bien que moins marquée, la baisse est assez constante pour les Noirs à travers le pays, sauf à l’Ouest où elle s’effondre après 2000, ce qui est aussi le cas de la Floride. Pour les autres groupes, les indices diminuent plus doucement sauf pour les Asiatiques dans le Midwest et surtout le South où la ségrégation était montée au-dessus de 0.5.

5. Les évolutions de l’indice de ségrégation moyen selon les grandes régions (Duroudier, 2016).

5. Les évolutions de l’indice de ségrégation moyen selon les grandes régions (Duroudier, 2016).

Ces baisses modérées des indices moyens cachent des spécificités régionales quant à l’augmentation de la ségrégation. En effet, la stagnation des valeurs pour les Blancs et les Hispaniques dans l’Ouest (Fig. 6) est due à une légère augmentation de la ségrégation pour ces groupes dans une bonne partie des villes de la région, à l’instar de Salt Lake City ou Las Vegas, alors que la ségrégation diminue plus fortement dans les villes de la Rustbelt. Cela semble aussi être le cas de la ségrégation des Asiatiques dans l’Ouest et le Nord-Est, alors que leur ségrégation diminue fortement dans le Sud.

Ces dynamiques régionales de la ségrégation vont dans le sens d’une diminution des contrastes entre les régions qui se rapprochent toutes d’indices entre 0.25 et 0.4. Et si la ségrégation demeure plus élevée pour tous les groupes dans la Rustbelt que dans la Sunbelt, le maintien voire la hausse des valeurs autour de 0.3 dans l’Ouest laisse supposer d’une part qu’il existe des seuils bas à la ségrégation, et d’autre part que les effets régionaux s’atténueront au prochain recensement.

La ségrégation dans la hiérarchie urbaine : rattrapage ou effet métropolitain ?

Une seconde composante souvent intégrée dans l’analyse des dynamiques de la ségrégation est le lien avec la taille de la ville, quand elle n’est pas éludée par la focalisation sur les grandes métropoles. Là encore, les tendances ne sont pas évidentes et la question se cristallise autour de deux groupes : les Noirs dont le débat porte sur le déclin du ghetto et une déségrégation équivalente selon la taille (Cutler et al., 1999) ou plus prononcée dans les grandes villes malgré la persistance d’hyperghettos (Glaeser et Vigdor, 2012) ; et les Hispaniques où les enclaves grossissent dans les métropoles alors même que d’autres font le constat d’une baisse de la ségrégation dans les petites villes (Iceland, 2004 ; Logan et Stults, 2011). À partir des variations de la ségrégation selon la taille des villes (Fig. 7), deux caractéristiques sont à retenir : d’une part la ségrégation baisse quelle que soit la taille de la ville et le groupe considéré, d’autre part la ségrégation des grandes villes est toujours plus haute que celle des petites et elle augmente progressivement entre les deux5.

6. Évolutions de la ségrégation selon la taille des villes (Duroudier, 2016).

6. Évolutions de la ségrégation selon la taille des villes (Duroudier, 2016).

Plus précisément, les Blancs et les Noirs présentent des profils semblables, puisque la déségrégation est amorcée à des rythmes plus élevés depuis 1980 dans les villes grandes et intermédiaires, et plutôt modérément à partir de 1990 en dessous de 500 000 habitants. En outre, les rares villes dont la ségrégation des Noirs augmente sont toutes assez petites, ce qui va dans le sens d’un rattrapage des grandes villes en déségrégation par au moins une partie des petites villes.

La situation est différente pour les Asiatiques et les Hispaniques puisque les différences suivant la taille des villes sont moins fortes et les dynamiques sont inversées. En effet, alors que les villes les plus petites ont une ségrégation qui diminue rapidement à partir de 1990, les villes supérieures à 1 million d’habitants tendent à stagner voire à augmenter pour certaines (Fig. 5), à l’instar de Los Angeles, San Francisco, Washington. Toutefois, pour ces deux groupes, la hausse de la ségrégation touche également des petites villes, dans le centre du pays pour les Hispaniques et au nord-est pour les Asiatiques, sans doute en lien avec les dynamiques migratoires.

Immigrations hispanique et asiatique, « New Great Migration » : quels effets sur la ségrégation ?

La troisième composante intégrée dans l’explication de la baisse de la ségrégation des villes à l’échelle nationale correspond aux mouvements migratoires des minorités : l’immigration des Hispaniques et des Asiatiques et la « New Great Migration »6. Ce mouvement notamment participerait à hauteur d’un cinquième de la baisse de la ségrégation des Noirs (Glaeser et Vigdor, 2012). Il serait principalement dû à la destruction des ensembles de logements dans les ghettos et contribuerait ainsi à sa dépopulation. En effet, on peut voir que la ségrégation semble diminuer plus rapidement dans les villes de la Sunbelt où les Noirs augmentent le plus en deux décennies (Fig. 7). Toutefois, l’impact de cette migration demeure toutefois difficile à évaluer : d’abord parce que les statistiques manquent sur la cause des variations des effectifs, mais aussi parce que la ségrégation des Noirs diminue partout alors que leurs effectifs augmentent plus ou moins modestement, y compris dans la Rustbelt (Fig. 7).

7. Croissance des groupes Africain-Américain, Asiatique et Hispanique dans les villes des États-Unis entre 1990 et 2010 (Duroudier, 2016).

7. Croissance des groupes Africain-Américain, Asiatique et Hispanique dans les villes des États-Unis entre 1990 et 2010 (Duroudier, 2016).

Concernant l’immigration des Hispaniques et des Asiatiques, les constats sont les mêmes. Selon la littérature, ces mouvements entraîneraient une diffusion de ces groupes dans l’armature urbaine et mécaniquement la baisse de la ségrégation (Logan et Stults, 2011). Cette observation doit absolument être nuancée par l’augmentation des naissances de ces minorités aux États-Unis et qui ne relèvent pas de mouvements migratoires (Alba et al., 1999 ; Iceland, 2004). À partir de tests réalisés pour cet article, on constate qu’il n’existe pas de lien significatif entre l’évolution du poids ou de la taille du groupe dans la ville, et la variation de la ségrégation, les corrélations étant toutes proches de 0. La comparaison des figures 4 et 7 permet de voir que la croissance des Hispaniques se fait sur l’ensemble du territoire jusqu’à atteindre des rythmes très rapides dans le quart sud-est, alors même que la ségrégation y diminue ou augmente selon les villes : avec un taux de croissance autour de 1 000 % entre 1990 et 2010, Atlanta a un indice de ségrégation qui augmente de 3 points, alors que celui de Raleigh diminue de 5 points. Quant à la croissance des Asiatiques, elle touche l’ensemble du territoire et atteint des proportions très élevées sur tout l’arc sud-est du pays (Fig. 7) sans lien avec la ségrégation qui augmente surtout dans quelques métropoles (Fig. 4).

Au-delà de la ségrégation raciale aux États-Unis

Les trajectoires diversifiées des villes interrogent l’approche même de la ségrégation. En effet, dans le contexte actuel des États-Unis, est-il toujours pertinent de comparer et de classer les villes par les indices de ségrégation ? Cette approche doit être discutée selon trois aspects : la focalisation sur les catégories raciales, l’usage de certaines mailles d’analyse, et l’usage dominant des indices de ségrégation.

Dépasser les catégories raciales

Le premier aspect est relatif à l’usage des catégories raciales dans les travaux portant sur la ségrégation. L’étude des appartenances ethno-raciales fait historiquement sens (Brun, 1994) : les lois ségrégationnistes instauraient une ségrégation des Noirs par leur mise à l’écart selon un critère discriminant. À partir de 1968 et le Civil Rights Act, la prise en compte des catégories raciales a répondu aux objectifs et de compréhension des mécanismes à l’œuvre pour les scientifiques et de lutte contre la ségrégation de la part des institutions (Rhein, 1994). Toutefois, les évolutions récentes de la société américaine questionnent cette catégorisation sur deux points : sa prise en compte dans le recensement et sa pertinence au regard de la population urbaine.

8. Évolutions des poids relatifs des groupes dans la population urbaine (Duroudier, 2016).

8. Évolutions des poids relatifs des groupes dans la population urbaine (Duroudier, 2016).

L’appartenance ethno-raciale est une question centrale dans le recensement général réalisé toutes les décennies7. La question est simple mais implique une réponse déclarative fondée sur la subjectivité du sentiment d’appartenance. En ceci, la réponse est subjective et dépendante des significations des termes dans la société. D’abord, le sens des modalités possibles interroge : entre des critères de couleur de peau (white, black) et des origines territoriales/nationales (american indian ou asian, ces derniers étant étrangement déclinés selon une dizaine d’origines différentes). Par contre, que déclare une personne dont l’un des parents est noir et l’autre blanc ? Ainsi, les catégories proposées par le recensement évoluent et déclarer plusieurs appartenances est devenu possible en 2000. Enfin, la littérature considère souvent les Hispaniques comme l’une des quatre grandes appartenances du pays. Pourtant, le fait de déclarer une origine hispanique dans le recensement8 est transversal au sentiment d’appartenance ethno-racial. Isoler les Hispaniques est un artifice qui implique de distinguer les autres appartenances parmi ceux ayant répondu non à l’origine hispanique.

Les catégories raciales standards sont également discutables au regard des évolutions de la composition de la population urbaine. La diminution du poids relatif des Blancs est frappante (Fig. 8), de 79 % en 1980 à 63 % en 2010, alors que toutes les minorités ont augmenté, dont les Hispaniques de 7 % à 17 % en 2010. Cette croissance effrite la notion de minorité là où les Blancs deviennent non-majoritaires : Albany en Géorgie compte 52 % de Noirs, San Francisco est à 23 % d’Asiatiques, et il y a déjà une quarantaine de villes à plus de 50 % d’Hispaniques surtout le long de la frontière (San Antonio par exemple). À cela s’ajoute la multiplication des mariages mixtes (Clark et al., 2015) et l’essor de mouvements en faveur du multi-déclaratif qui explique la hausse de +2 % de l’ensemble « Autres » qui a eu lieu en 2000.

Ces remarques invitent à prendre en compte d’autres éléments dans l’analyse de la division de l’espace : le revenu, l’âge, etc. Dès les années 1920 dans les travaux menés par l’Ecole de Chicago, puis en 1955 dans un ouvrage de Shevky et Bell, sociologues et géographes ont souligné l’importance de prendre en compte différentes dimensions de la ségrégation résidentielle. Mais celles-ci ont souvent été intégrées uniquement au sein de modèles statistiques (par exemple Logan et al., 2004) qui ne questionnent ni les formes spatiales ni les liens à l’échelle locale dans les processus de mise à l’écart. Or, si l’appartenance ethno-raciale est toujours discriminante, comme le montre Zubrinsky (2003) pour l’accès aux marchés immobiliers, des travaux récents proposent d’aller au-delà et de comprendre les formes urbaines en croisant ces dimensions : par exemple l’analyse des « hyperghettos » paupérisés (Giband, 2015), l’accès aux suburbs différencié suivant le niveau social (Logan et Zhang, 2010), le rôle des barrières mentales dans la production de la distance socio-spatiale (Lynch, 1960).

Dépasser les mailles

Le second aspect de discussion est lié à la maille utilisée pour la mesurer. Les travaux états-uniens mobilisent quasi exclusivement le census tract pour analyser les dynamiques de la ségrégation. Bien que n’étant pas la plus fine puisqu’il existe d’autres mailles plus petites telles que le block ou le block group, elle demeure privilégiée car elle correspondrait au « neighborhood » au sein duquel se réalise l’intégration sociale (Fowler, 2016).

9. Au sein d’un census tract à Cary (Raleigh, NC) : logements sociaux habités par des Noirs (à gauche) et parc de mobil-homes habités par des Hispaniques (à droite) (Duroudier, novembre 2014 et juillet 2015)

9. Au sein d’un census tract à Cary (Raleigh, NC) : logements sociaux habités par des Noirs (à gauche) et parc de mobil-homes habités par des Hispaniques (à droite) (Duroudier, novembre 2014 et juillet 2015)

Or l’usage généralisé de cette maille est à l’origine de biais ou de mauvaises interprétations. En effet, cette maille peut être trop grande pour certains espaces où la ségrégation s’organise au sein même des mailles, contribuant ainsi à les faire apparaître comme diversifiés. Par exemple, dans la municipalité de Cary à Raleigh (NC), les Hispaniques et les Noirs sont concentrés dans deux petites enclaves (Fig. 9) : un parc de mobil-homes pour les premiers, des logements sociaux pour les seconds. Pourtant, ces deux ensembles résidentiels se situent dans la même maille « diversifiée ». Cette nuance est aussi valable pour les espaces suburbains où le bâti est discontinu (Le Goix, 2016), et l’espace résidentiel loin d’être homogène (Hall et Lee, 2010). Enfin, cela vaut pour les villes petites et moyennes, où, du fait de la moindre taille, la ségrégation est un processus qui opère à une échelle plus fine que le census tract (Duroudier, 2014). Le renouveau des centres pose avec acuité ce problème puisque la gentrification et la densification introduiraient de la diversité au sein des mailles. Fowler (2016), avec le cas de North Beacon Hill à Seattle, décrit une ségrégation raciale qui agit à l’échelle du block, entre des ensembles résidentiels dont la population est racialement homogène.

Plusieurs perspectives ont été ouvertes pour tenir compte de ces transformations urbaines. La première est d’adopter des mailles plus fines pour capturer l’homogénéité résidentielle, au risque d’une augmentation mécanique de la ségrégation (Quinn et Pawasarat, 2003). La seconde est la désagrégation des données par la création ad hoc de mailles à partir des effectifs de population (Clark et al., 2015) ou de la concentration lissée d’un groupe ethnique (Fowler, 2016). Ces perspectives proposent ainsi d’approcher la ségrégation par les contextes socio-spatiaux dans lesquels elle s’insère.

Dépasser les indices de ségrégation

S’ajoutant aux limites précédemment évoquées, le troisième élément de discussion relève de la mesure elle-même, et la posture qu’elle implique. En effet, les indices développés depuis les années 1950 se fondent sur la mesure d’un écart à l’équirépartition. Or cet idéal varie suivant les contextes (Quinn et Pawasarat, 2003) : par exemple deux villes, l’une avec 2 % de Noirs et l’autre 30 %, n’ont pas le même chemin à parcourir pour atteindre l’équirépartition.

La diffusion de cette mesure s’explique par la volonté scientifique et politique de cibler les lieux où la ségrégation des Noirs était la plus importante pour y mettre en œuvre des politiques de déconcentration et de déségrégation (Rhein, 1994). L’une des conséquences tient dans la simple démarche de classement des métropoles (Douzet, 2005 ; Giband, 2015). Cette tendance, qui peut aussi se justifier comme une précaution méthodologique visant à ne pas introduire des biais liés aux petits effectifs (Glaeser et Vigdor, 2012), contribue à créer des modèles fondés sur les grandes métropoles et élude la question des autres villes.

Une autre limite réside dans la multiplication des indices de ségrégation. En particulier, Massey et Denton (1988) ont fait une synthèse de ces indices organisés en cinq dimensions dont il découle une pléthore d’indices à utiliser de manière complémentaire et dont les résultats parfois contradictoires peuvent être ambigus en termes de ségrégation (Iceland et Weinberg, 2002).

Enfin, hormis quelques mesures comme le quotient de localisation ou l’usage combiné de différents indices, la principale limite des indices de ségrégation est qu’il s’agit d’une mesure agrégée au niveau de la ville qui ne dit rien des configurations intra-urbaines. Appuyant une démonstration faite par White (1983), Wong (1997) montre comment un ensemble de configurations résidentielles peuvent ainsi résulter d’une même valeur de ségrégation. Ces critiques et la multiplicité des processus en cours plaident en faveur de la prise en compte des logiques géographiques, au-delà des indices ou de la distinction centre/suburb dont les fondements semblent aujourd’hui moins pertinents (Hall et Lee, 2010).

Conclusion : pour une approche géographique de la ségrégation

Cette contribution visait à dresser un panorama général de la question de la ségrégation ethnique dans les villes des États-Unis, d’une part grâce à un état non exhaustif de la littérature anglophone récente sur le sujet, d’autre part au moyen d’une exploration des données du dernier recensement de 2010 encore peu utilisé en France. À l’issue de ces analyses, il est acquis que la ségrégation mesurée par des indices classiques est toujours en baisse. Les divers travaux expliquent cela par un ensemble de dynamiques urbaines (suburbanisation et assimilation des minorités, dépopulation du ghetto, renouveau des centres) et territoriales (effets régionaux, effets métropolitains, mouvements migratoires). Ces liens demeurent toutefois discutables pour deux raisons : non seulement les facteurs interviennent inégalement selon les contextes locaux, mais en outre la ségrégation ne diminue pas partout, en particulier pour les Asiatiques et les Hispaniques.

Ainsi, le tournant de la diversité qui semble s’opérer depuis une décennie dans la recherche sur la ségrégation des villes états-unienne pose ces questions et renouvelle ses théories explicatives. Mais les évolutions contemporaines des villes américaines interrogent l’approche au-delà même du concept de diversité. La contextualisation des enjeux liés à la ségrégation en 2016 aux États-Unis plaide ainsi pour de nouvelles perspectives de recherche en géographie. Des travaux récents proposent ainsi de dépasser les indices de ségrégation en s’intéressant directement aux évolutions des configurations géographiques de la ségrégation, à partir des concepts de discontinuité (Duroudier, 2014) ou de frontière de l’inégalité (Roberto, 2016).

SYLVESTRE DUROUDIER

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Sylvestre Duroudier est ATER à l’Institut de géographie alpine de l’Université Grenoble-Alpes, UMR 5194 PACTE, et doctorant en géographie à l’université Paris Diderot, UMR 8504 Géographie-cités. Ses recherches portent principalement sur les configurations et les dynamiques de la division sociale de l’espace dans les villes intermédiaires des États-Unis. Il s’intéresse plus particulièrement aux discontinuités sociales qui découpent et fragmentent les espaces urbains. Ces recherches visent ainsi à éclairer les effets de seuil qui lient l’ampleur, les formes et les dynamiques de la fragmentation à la taille des villes.

sylvestre.duroudier AT gmail DOT com

Illustration de couverture : Évolution de la ségrégation des Hispaniques entre 1990 et 2010 (Duroudier, 2016).

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  1. Ces deux modèles sont fortement intégrés dans le référentiel théorique de la sociologie urbaine américaine, comme le présente de manière détaillée l’article d’Alba et Logan (1991). []
  2. L’indice d’entropie est une mesure agrégée au niveau métropolitain de l’hétérogénéité statistique des différents groupes dans la composition ethnique des mailles. Il varie entre 0 lorsque toutes les mailles ont la même composition (i.e. une équirépartion des groupes dans l’agglomération), et 1 quand toutes les unités spatiales sont spécialisées et ne comptent qu’un seul groupe (Apparicio, 2000). []
  3. On peut citer de manière non exhaustive quelques travaux récents : Iceland, 2004 ; Hall et Lee, 2010 ; Farrel et al., 2011 ; Holloway et al., 2012 ; Wright et al., 2014. []
  4. Le choix a été fait de partir de 1990 puisque cette date constitue pour l’ensemble du territoire un maximum de ségrégation. Mais certaines villes ont pu voir leur ségrégation augmenter ou diminuer dès 1980. []
  5. Cette remarque peut venir d’une importante limite des indices de ségrégation expliquée en partie 3 de l’article []
  6. Cette expression désigne un mouvement inverse des Africains Américains des villes désindustrialisées de la Rustbelt vers les villes tertiaires attractives de la Sunbelt (Frey, 2004). Ce mouvement s’est amorcé vers 1965 et concerne principalement les grandes villes, au Nord comme au Sud. Toutefois, et bien que le terme puisse le suggérer, la population afro-américaine ne diminue pas dans les villes de la Rusbelt. []
  7. La question de l’appartenance est posée depuis 1790. Dans le recensement de 2010, cette question est formulée ainsi : « What is the person’s race ? ». Elle arrive en 9e position du questionnaire et est répétée pour tous les habitants d’un ménage : http://www.census.gov/2010census/about/interactive-form.php. []
  8. L’appartenance hispanique est précisément demandée pour chaque individu du ménage dans la 8e question, juste avant l’appartenance ethno-raciale. []

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